Et si le végétal n’avait pas évolué sous notre ciel ?
Avec Flora Incognita, Vincent Fournier propose une uchronie scientifique où la botanique bascule dans le champ cosmique. L’artiste imagine une exoplanète potentiellement habitable, baptisée Prima Sidera, sur laquelle la flore aurait suivi une trajectoire radicalement différente, façonnée par d’autres forces gravitationnelles, atmosphériques et magnétiques.
Le projet prend racine dans l’observation réelle. Au printemps 2025, au Domaine des Étangs dans le Limousin, Fournier étudie les espèces locales avant de les transposer dans cet univers alternatif. Les végétaux familiers deviennent alors des doubles astrobotaniques : tiges démultipliées, corolles architecturées, textures inédites. Le plausible glisse vers l’étrange, sans jamais perdre sa crédibilité.
Réalisées grâce aux technologies 3D les plus avancées, les images atteignent une rigueur quasi encyclopédique. Cette précision visuelle inscrit le travail dans la tradition des grandes iconographies naturalistes, d’Anna Atkins à Karl Blossfeldt. Mais ici, l’herbier n’archive pas le réel : il projette ses possibles.
La collaboration avec des scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle ancre la fiction dans un socle de connaissances botaniques et astrophysiques. Cette articulation entre recherche et imagination confère à l’ensemble une dimension singulière. L’uchronie ne s’oppose pas au savoir ; elle le prolonge.
En imaginant d’autres évolutions du vivant, l’artiste interroge indirectement notre propre planète. Flora Incognita agit comme un miroir : elle évoque nos origines, mais aussi les mutations contemporaines de la biodiversité. Entre contemplation esthétique et conscience écologique, le projet invite à repenser notre relation au monde végétal.
À travers cette exposition, Vincent Fournier poursuit son exploration des frontières entre science et imaginaire. La plante devient territoire spéculatif, et l’image, un outil pour envisager d’autres futurs possibles.