Chez Susanna Inglada, le dessin n’est jamais sage. Il quitte la feuille, se découpe, se suspend, se déploie dans l’espace. Formée à Barcelone puis à Rotterdam, l’artiste a progressivement déplacé son médium vers l’installation, faisant du dessin une matière sculpturale et scénographique.
Au Drawing Lab, ses figures apparaissent comme des surgissements. Visages fragmentés, bras tendus, bouches ouvertes : les corps semblent à la fois disloqués et intensément vivants. Ils parlent, protestent, résistent. L’espace d’exposition devient une scène où chaque élément participe d’un récit collectif.
L’exposition All Parts Of Us, commissariée par Giuliana Benassi, explore les tensions entre le politique et l’intime. Les silhouettes féminines oscillent entre vulnérabilité et puissance. Les gestes sont abrupts, parfois théâtraux. On y retrouve une énergie dramatique qui évoque à la fois la tradition picturale européenne et une sensibilité profondément contemporaine.
Le travail d’Inglada interroge frontalement les rapports de pouvoir, les mécanismes de domination, les silences imposés. Mais il ne s’enferme pas dans la gravité. Un humour discret circule entre les figures, comme une respiration. Entre dessin, céramique et animation, l’artiste compose une sorte de forêt expressive où le spectateur circule physiquement.
Ce qui frappe, c’est la sensation d’être inclus dans l’œuvre. Les fragments dispersés — mains, regards, postures — invitent à recomposer une totalité fragile. Le dessin devient un lieu à habiter. Non plus une image à regarder, mais une expérience à traverser.
All Parts Of Us propose ainsi une réflexion sur notre manière d’être ensemble. Le corps y apparaît comme un territoire traversé par les tensions sociales et politiques, mais aussi comme un espace de résistance et de lien.